Bonjour Paris! Chapitre I

Bonjour Paris!
Brrr! Il fait froid! Le temps idéal pour prendre un chocolat viennois à Opéra ou flâner dans les musées.
Une petite brune qu’on n’avait pas vu depuis un moment est réapparue en ce mois de février dans les terrasses de café de notre belle capitale.
Elle a minci mais sa silhouette garde les charmes d’orient, ses cheveux sont brillants, des tatouages au hénné ornent ses doigts et malgré la capricieuse météo de notre belle capitale elle a très bonne mine. Nouveau blush ou dolce vita sous le soleil de Neapolis? Quoi qu’il en soit , bien qu’elle soit resplendissante, il y a quelque chose qui cloche… Quelque chose a changé chez Louisa. Mais quoi?

De l’autre côté de la Seine, une jolie brune se remet du rouge à lèvre , attrape son journal et le met entre son mac et un dossier dans son nouveau sac Gucci que son père lui a acheté pour Noël. Avant de sortir, Mao contemple son reflet dans le miroir. Elle coupé égalisé son carré long la veille chez Jacques, son coiffeur. Quand soudain,  la sonnerie don son I phone la réveille de sa rêverie.
– Tiens, une revenante!
– Tu fais quoi? Demanda Louisa nonchalament.
– Rien, je sors de chez moi, dit Mao en mettant ses clefs dans son sac après avoir fermé la porte de son appartement. Et toi?
– Il faut que je te voie. Il faut que je vous voie.
– Mademoiselle ne donne plus aucune nouvelle depuis 3 semaines et voilà qu’elle réapparait comme une fleur, reproche Mao un sourire au coin de la bouche.
– Arrête de faire la meuf! Rétorque alors Louisa en riant. On se voit quand?
– …
– Allo?
– Oui! Excuse-moi, j’allumais ma clope.
– Hmm. A ce que je vois on change pas les bonnes habitudes!
– Jamais! On ne change jamais une équipe qui gagne chérie. C’est d’ailleurs pour ça qu’on se voit ce soir!
– Je t’adore!
– Comme d’hab’?
– Oui! 19h?
– Plutôt 19h30. Je préviens les filles.
– Parfait!
– A ce soir ma belle.

Il pleuvait tellement que l’humidité a eu raison des cheveux de Mao. Flemme de prendre un parapluie, seule la capuche de son sweat Champion protégait ses cheveux. Elle avait un manteau en fourrure mais elle disait à tout le monde que c’était de la fausse plus par peur qu’on ne sache qu’elle était friquée que par égard pour les animaux.

Son iphone 5 à la main, elle pianotait sans cesse dès qu’elle mettait le pied dehors. En vitesse, elle traversait le jardin du Luxembourg pour aller comme à son habitude dans un café de Saint Germain qui diffusait tout les matins les interviews de Bourdin. Ces interview, au fond, la plupart de temps, elle s’en fichait car elle savait que les juristes – invités habituels- étaient des menteurs. Quant à Bourdin, elle le tolérait par respect pour sa femme. La seule raison de sa précipitation c’est cet homme aux cheveux blancs. Un cynique, un vrai. Un juriste avec un gros ventre. Il soupirait à chaque fois que Bourdin disait:  » Les gens veulent savoir! » et autres conneries populistes. Elle se demandait qui il était. Prof à Assas? Prof à l’ENA? Prof à Sciences Po? Ce qui était sur c’est qu’il était prof. Dans le supérieur. Il l’amusait. Il lui rappelait ses anciens profs de droit.

De l’autre côté de la Méditerranée, Olfa ajuste son voile. Heureuse et inquiète. L’air doux et chaleureux de Tunis la mettait dans un écrin qui lui faisait sentir chez elle même si son véritable « chez elle » lui manque. Paris lui manque. Mais ce n’est pas cela qui l’inquiète. Elle n’a pas le temps. Elle est en retard et pas seulement pour son cours qui commence dans 20 minutes. Son plan de carrière va tomber à l’eau si elle ne va pas plus vite. Dans un an, elle doit être à Londres. Elle claque la porte de chez elle dévale les escaliers en mettant ses écouteurs. IAM à fond dans les oreilles

« Petit frère a déserté les terrains de jeux
Il marche à peine et veux des bottes de sept lieux
Petit frère veut grandir trop vite
Mais il a oublié que rien ne sert de courir, petit frère… »

Quelqu’un vient de couper sa musique. Elle détestait ça. Mais en regardant l’écran de son téléphone, un sourire s’est dessiné sur son visage.
– Salam ma belle.
– Salam Olfa.
– Ca va?
– Oui et toi?
– Ca va. Alors qu’est-ce que tu vas faire?
– Je sais pas. Je suis complètement perdue. Je ne sais même pas si quelqu’un peut m’aider. Si ils le découvrent, je suis foutue. Il vont m’anéhantir. Vraiment.
– Ca va aller. Tu vas trouver une solution. Tu trouves toujours.
– Mais j’ai peur qu’il ne soit trop tard quand je l’aurai trouvée.
– Ca ira. Pourquoi ca n’irait pas. Et puis tu n’as rien à perdre. Même si ça ne marche pas. Tu es intouchable. Tu n’as pas peut de ce que les gens vont penser de toi.
– C’est vrai, t’as raison. Mais je sais pas. J’ai peur, je me sens pas bien. J’ose en parler à personne.
– Je comprends. je suis de tout coeur avec toi. J’aurai tellement voulu pouvoir t’aider mais je suis totalement impuissante.
– Je sais. je ne sais pas si quelqu’un peut m’aider.
– Dieu.
– Oui, c’est vrai dit Louisa en souriant. Je vais voir les filles ce soir. Je t’appelle quand je rentre!
– Pas de souci.
– Super! A ce soir Olfa!
– Salam Louisa!

De l’autre côté du périph’, Ana marche aussi rapidement que les gens gris et rabougris de la Défense. Mais avec style et bonne humeur. Deux choses qui font d’elle la petite célébrité de ce microcosme. Toutes les personnes qui la voient se souviennent de l’avoir déjà croisée. Elle porte une robe rose fushia qui mettent en valeur sa peau foncée. Elle a attaché ses nattes en queue de cheval qui retombent sur son manteau noir.
Elle répond au message de Mao qu’elle a reçu quand elle était dans le RER A. Mais elle n’avait pas vu le texto car un garçon était en train de l’aborder. Il était timide et il avait l’air gentil alors elle a dit oui pour un café, un jour, peut-être…

18h30, rue Montorgueil. Louisa était en avance. Elle lisait et relisait encore et encore ce qu’elle avait écrit sur son carnet.
– Votre café va refroidir si vous continuez à fixer cette page.
Louisa leva les yeux. une femme blonde au balayage parfait avec juste ce qu’il faut de maquillage lui souriait. Elle lui sourit aussi.
– Je sais. C’est juste que…
– C’est juste que quoi? Vous êtes trop jeune et trop belle pour vous faire du soucis comme cela. Et puis c’est l’happy hour et vous prenez un café! Quel âge avez-vous?
– Vingt-quatre ans et vous? Dit Louisa espiègle. Elle savait que cela ne se faisait pas de demander son âge à une femme d’après ce qu’on raconte. Mais c’est elle l’avait cherchée après tout!
– Insolente en plus. Je vous aime bien. Devinez. D’après vous?
– Vous êtes mince et vous êtes stylée. D’ailleurs j’adore vos New Balance et votre perfecto blanc. Vous avez l’air d’avoir la silhouette d’une gamine de 17 ans. Vous faites beaucoup de sport. Ca se voit. Bravo. Mais même si vous avez fait vos UV depuis moins d’une semaine ca se voit que vous avez dans les 45 ans.
– Presque, j’en ai 47.
En réalité, elle en avait plus de soixante. Louisa le savait. Mais ça l’amusait de savoir que cette femme savait qu’elle savait quel âge elle avait en réalité.
Elle se sont souries. Puis lui la femme qui faisait au serveur de venir pour avoir la note lui lance
– Comme j’aurai aimé que vous soyez ma belle-fille. Mon fils est avec une jeune fille adorable. Mais les belles-filles ne sont pas adorables normalement… J’aurais tellement adoré vous détester. Vous auriez été la belle fille parfaite!
– Merci! Répondit Louisa toujours le sourire au lèvre en baissant les yeux.

La femme sortit une billet de 10 euros et dit au serveur de garder la monnaie avant de dire au revoir à Louisa.

C’était ça Montorgueil. Audrey Hepburn disait que Paris était toujours une bonne idée. Les Parisiens savaient que Montorgueil était toujours une bonne idée.

Mao arriva à 19h30, comme prévu. Ana suivit de peu.
Les trois attendaient encore Liu qui etait repassée chez elle poser son sac lourd de livres.
Cela faisait deux mois qu’elles ne s’étaient pas vues mais rien n’avait changé. Les mêmes éclats de rire, les mêmes délires. C’est ça l’amitié. Elles se racontèrent leurs problèmes, les dernières nouvelles, les lectures qu’elles avaient fait, leurs vacances. Les fêtes de Noël, le nouvel an. Liu avait rejoint Ana et son frère à Londres pour fêter le nouvel an en boite. Mao avait passé la soirée avec des anciens camarades juristes. Quant à Louisa, elle l’avait passé à Tunis, avec ses cousines. Elle n’avait pas dormi de la nuit puisque le lendemain à 7 heures, elle avait un avion à prendre pour revenir à Paris.

Qu’est-ce qui ne va pas Louisa? Vous ne le saurez pas! Ou en tous cas, pas tout de suite. Pour tout vous dire, elle même ne le sait pas vraiment… Pourtant 2018 avait si bien commencé pour elle. Quoi qu’il en soit, tout ira bien n’est-ce pas? En tout cas, jusqu’ici tout va bien.

Bonne nuit Paris.